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L'éducation bienveillante en sept exemples concrets

(Article tiré de Réforme: http://reforme.net/une/societe/leducation-bienveillante-sept-exemples-concrets)

À quoi ressemble l’éducation bienveillante ? Voici quelques exemples commentés par Genoveva Desplas, qui anime des ateliers inspirés des ouvrages d’Adele Faber et Elaine Mazlish. Intitulés "Parler pour que les enfants écoutent" et "Frères et sœurs sans rivalité", ces ateliers sont destinés aux parents souhaitant apaiser leurs relations avec leurs enfants.

« Ma fille hurle : elle a perdu sa barrette préférée »

Alors que vous vous apprêtiez à quitter le parc, qui va bientôt fermer, votre fille, en revenant de l’aire de jeux, s’aperçoit qu’elle a perdu sa barrette préférée. Généralement, l’adulte cherche une solution qui l’arrange : il nie l’existence du problème (« Ce n’est rien » ), propose une solution rapide (« Tu en as d’autres, je t’en achèterai une nouvelle  »), voire fait des reproches et accuse l’enfant («  Ne me dis pas que tu as perdu cette barrette ! »). Des réponses qui empêchent l’enfant de gérer la situation. Pour aider votre fille, la première réaction doit être l’écoute. Chez Faber et Mazlish, on parle « d’accueillir les sentiments ». Il faut entendre la douleur de l’enfant, en reformulant ce que l’on a entendu : « Tu as perdu ta barrette, te voilà triste, oui, elle était très jolie. » Parler ainsi, c’est reconnaître l’importance que cela peut revêtir pour l’enfant. Ensuite, évitez les conseils : mieux vaut laisser l’enfant réfléchir et proposer des solutions lui-même. Nous pouvons dire  : « Zut ! Le parc va bientôt fermer, que pouvons-nous faire maintenant ? »

« C’est le bazar ! »

Vous rentrez du travail, épuisé, et là, c’est le bazar. Exaspéré, vous dites probablement : « Tu ne ranges jamais rien, je te l’ai dit mille fois, c’est toujours le bazar, tu es tellement bordélique... ». Des phrases qui accusent l’enfant, lui collent une étiquette et l’enferment dans ce rôle. Voici ce que vous pourriez faire : éviter de donner des ordres : « Range ta chambre » et de parler en « tu » – « Tu es bordélique ». Vous pouvez décrire la situation (« Je vois le bazar dans la chambre, des jouets partout, des livres par terre »). Puis, donner des renseignements sur un ton calme (« Les livres sont fragiles, ils devraient être dans l’étagère. Par terre, ils peuvent s’abîmer »). Et enfin, laisser l’enfant réfléchir et faire le rapprochement tout seul : « Pour éviter que mes livres ne s’abîment, je vais les ranger. » En parallèle, attachez-vous à valoriser les actions qui vont dans ce sens, type, « Ah je vois un pyjama bien plié, bravo. ». Dans l’éducation positive, veillez toujours à privilégier « le verre à moitié plein » plutôt que « le verre à moitié vide ».

« À table, mon enfant refuse de finir ses légumes »

La nourriture, c’est compliqué. Que faire ? Pas question de le forcer à manger, ni de le punir en l’envoyant dans sa chambre : cela ne résoudra pas le conflit, au contraire. Mieux vaut décrire la situation (« Je vois que tu ne finis pas tes haricots verts ») et accueillir son sentiment : « Tu n’as pas envie sans doute de manger tes légumes ? ». Ensuite, voyez ce qui vous tient à cœur : êtes-vous inquiet parce que l’enfant ne mange pas assez diversifié ? Êtes-vous en colère parce que vous avez passé du temps à préparer le repas ? Tout dépend des valeurs dans votre famille, de ce qui est en jeu. Dans tous les cas, vous pouvez alors parler de votre ressenti : « Je m’inquiète », « Je suis en colère »... Puis, essayer une dynamique qui permet de résoudre les problèmes comme la recherche, ensemble, de solutions, pour en trouver une qui convienne à toutes les parties. Cela pourrait être, par exemple, de manger des carottes tous les lundis, ou bien de manger la moitié de son assiette, avant de passer à la suite... À vous d’inventer ce qui vous va ! À noter : cette technique fonctionne également pour les retards du matin.

« Mes enfants se chamaillent encore »

Hurlements dans le séjour. L’un crie « Je n’ai rien fait » quand l’autre rétorque : « Ce n’est pas moi qui ai commencé. » Que faire ? Les questionner pour chercher le coupable ? Se lamenter : « Allez-vous cesser un jour ? Je n’en peux plus » ? Ou bien, les punir tous les deux ? Là encore, vous pouvez reconnaître leurs sentiments : « Vous avez l’air fâchés. » Puis, décrire la situation et le problème : « Vous avez très envie de jouer avec le même camion. Un camion pour deux enfants, cela n’est pas facile. » Enfin, partez et laissez-les, en leur disant que vous avez confiance dans leur capacité à trouver eux-mêmes une solution. Cela fonctionnera. Bien sûr, si la situation est dangereuse, si les enfants risquent de se blesser, il est indispensable de les séparer sur-le-champ.

« Il a dû se passer quelque chose à l’école »

En rentrant, vous sentez que votre enfant a quelque chose sur le cœur, mais il reste mutique. Vous avez envie de le questionner : « Que s’est-il passé ? As-tu eu un problème avec ton enseignant, tes copains ? » Plutôt que de le presser de questions, vous pouvez nommer son sentiment : « Je vois que tu es embêté, triste, en colère... Je suppose qu’il s’est passé quelque chose, si tu as envie de m’en parler, tu peux le faire maintenant ou plus tard. » Votre enfant viendra ensuite vous raconter, par exemple, qu’il s’est disputé avec son ami. Plutôt que de dédramatiser (« Ah, ce n’est pas si grave »), accueillez son sentiment («  Je vois que tu es triste »). Puis, au lieu de donner des conseils (« Tu devrais te réconcilier avec lui »), surtout, gardez le silence et écoutez votre enfant : il trouvera une solution. Quand l’adulte se met en retrait, il laisse à l’enfant le temps de la réflexion. Cela favorise son autonomie.

« Mon enfant se roule par terre au supermarché »

Le frigo est vide et vous avez dû filer au supermarché. Problème : votre enfant se met à hurler et à se rouler par terre, sous le regard excédé des autres clients. Vous êtes débordé, la situation est insupportable et vous aimeriez vite y mettre fin. Comment résister à la tentation de crier et de punir ? Ou bien d’acheter le paquet de bonbons si convoité ? Pour capter son attention, baissez-vous, captez son regard et prenez-le tout contre vous. Un câlin peut suffire. Alors que l’on a tendance à rejeter un enfant en pleine colère, mieux vaut l’accompagner, l’aider à affronter cette émotion. Une fois qu’il a retrouvé son calme, décrivez la situation : « Je t’empêche de te faire ou de me faire du mal. Devant moi, je vois un enfant dans une grande colère. Je vois même des étoiles sortir de ses cheveux ! ». L’humour peut bien fonctionner. Ensuite, montrez-lui que vous avez bien entendu ce qu’il souhaitait : « Je vois que tu veux un bonbon, c’est vrai que c’est très bon, les bonbons à la fraise, et je l’ai bien noté ». Partez dans l’imaginaire : « D’ailleurs, si j’avais une baguette magique, nous pourrions acheter tous les bonbons du monde et en faire une montagne gigantesque... ». Enfin, faites diversion en lui proposant de vous aider à remplir le chariot.

« Son bulletin scolaire n’est pas terrible »

C’est la fin du trimestre et sa moyenne de mathématiques n’est vraiment pas terrible. Vous êtes fâché : pourquoi votre enfant n’a-t-il rien dit de ses difficultés ? Vous lui aviez bien dit d’apprendre ses cours ! Mais vous pourriez faire autrement : accueillir le sentiment (« Je vois que tu es anxieux, regardons ensemble ton bulletin »), valoriser ce qu’il y a de positif (« Un 12 en français, ça n’allait pas, mais là, ça s’améliore ! »), avant d’arriver à la moyenne critique (« 8 en maths, c’est donc cette matière qui te donne des difficultés »). Gardez ensuite le silence, afin de laisser l’enfant faire une proposition (« Je vais travailler davantage... »). Si cela ne suffit pas, proposez-lui de réfléchir ensemble à des solutions (« Aurais-tu une idée pour améliorer tes résultats ?  ») et notez-les ensemble sur une feuille de papier (« Travailler ensemble, prendre des cous de soutien »).

Propos recueillis par Agnès Morel